Gilles Mercier 05/11/2003

L'ÉCOLE DIWAN

L'école Diwan veut enseigner en breton en interdisant l'usage du français. L'ensemble des matières est enseigné en breton, le personnel enseignant et de service s'exprimant aussi en breton. Le conseil supérieur de l'enseignement s'est prononcé en mai 2001 contre l'intégration de l'école Diwan dans l'éducation nationale (32 contre, 8 abstentions), malgré cela, quelques jours plus tard, J Lang ministre de l'Éducation nationale a signé l'intégration de Diwan et est venu ester l'événement à Rennes avec son ami H Hervé, maire de la ville. Mais le Conseil d'État a invalidé la décision. remettant en cause l'obligation faite aux enfants de ne parler que breton. Réaction de J. Lang « certains, ici à Paris ne comprennent pas qu'une décision comme celle là blesse et offense la Bretagne qui pendant si longtemps a été malmenée, méprisée et dont la culture a été excommuniée ». J Lang, ci-devant ministre de l'éducation nationale, en reprenant la phraséologie des autonomistes bretons ressassée depuis 80 ans, .feint d'ignorer que le breton est enseigné dans les établissements gérés par son ministère.

Diwan est une école ultra minoritaire. En 12 années de fonctionnement, le nombre d'élèves inscrits n'a pas dépassé 1200 sur une population scolaire de 800000 élèves soit 0,15% ( Tous les parents ont pour langue maternelle le français. Ils comptent sur leurs enfants pour leur apprendre le breton). Mais de quel breton s'agit il ? Le breton enseigné par Diwan n'existe pas. C'est une langue inventée en 1941 par Roparz Hemon condamné à la Libération pour collaboration avec les nazis. Le mouvement nationaliste breton est directement issu de Ch. Mauras. Tous les nationalistes bretons finiront dans la collaboration. Tous et non pas certains comme essayent de l'affirmer certains autonomistes, piètre défense régulièrement relayée par le quotidien Ouest-France. Le thème est simple. .La France a colonisé la Bretagne qui mène un douloureux combat pour la reconnaissance de son identité. de sa culture, de sa langue bafouées depuis des siècles. II s'agit de défendre un petit peuple celte contre une vaste nation impure souillée par de multiples apports méditerranéens. Cette nation est coupable d'un double crime, celui d'avoir intégré le Duché de Bretagne au royaume de France en 1532 et celui d'avoir aboli au orme du- duché à la Révolution. Le combat polir là langue est celui de la restauration de l'identité. La langue doit être pure comme celle de la race, c'est le vecteur d'une élite. C'est tout naturellement sous l'Occupation que la purification de la langue bretonne a pu être entreprise. Cette langue fixée pour l'éternité est la voie du retour du peuple à ses origines. Langue d'une élite, le breton dit «unifié» n'est compris et encore moins parlé par aucun locuteur breton. Mais cette élite va monopoliser le discours sur le breton, sa langue, l'histoire de la Bretagne, l'art, la littérature. Ils vont rejeter, enfouir dans l'oubli la véritable culture bretonne, véritable parce ce que celle du peuple, mais digne de mépris parce que parlant une langue souillée par l'envahisseur. Sous la coupe de cette élite, tout ce qui aura .trait au breton sera artificiel, virtuel. Le drapeau breton n'est qu'une copie datant des années 1930 du drapeau américain, inventée par un futur gestapiste. Le breton fait périmé, peuple, il sera ressourcé, intellectualisé dans le panceltisme équivalent du pangermanisme. On remplacera le biniou par la cornemuse (baptisé biniou braz, grand biniou), on créera le bagad. On détournera le tricèle qui n'est pas celtique en le baptisant triskell. On créera une harpe baptisée celtique qui n'a jamais existé en Bretagne. Avec la complaisance de la DDE on pratiquera la double panneautage français-breton, en donnant des noms bretons inventés au besoin, les noms d'origine n'ayant pas le look suffisamment celte, on ira même jusqu'à mettre des noms bretons là ou le breton n'a jamais été parié ou abandonné depuis très longtemps, notamment en pays Gallo qui représente les 3/5 de la Bretagne.

Si une université de Lyon a éprouvé beaucoup de complaisance à l'égard des historiens révisionnistes, celle de Rennes est une pépinière d'antirépublicains avec sa chaire d'études celtiques. La maison d'édition coop breiz et ses nombreuses filiales produit moult ouvrages receltisant à l'infinie l'histoire de la Bretagne et de sa langue. Diwan est le vecteur idéologique et linguistique des antirépublicains. Comme les autonomistes collabo à qui les bretons jetaient des pierres, Diwan ne bénéficie d'aucun soutien populaire. Les parents d'élèves de l'école catholique les ayant même chassés des locaux dans lesquels Diwan prévoyait de s'implanter. La démarche de Diwan est une démarche de chantage, de pression. Diwan dès 1982 a cessé de payer les charges patronales de ses 48 salariés. Lorsque l'URSSAF a réclamé, on a crié au martyr et l'on a fait descendre les militants dans la rue. C'est la région et le département qui épongeront la dette avec les impôts des contribuables, mieux ou pire. suite à son travail de lobbying relayé par Ouest-France et le Télégramme, l'État a pris à sa charge les 55 postes d'enseignants. Mais Diwan ne payait toujours pas ses charges sociales. Elle finit par obtenir le statut d'école privé sous contrat, puis le droit de former à l'IUFM des enseignants. Refus -pas question de former ses maîtres avec les autres. Elle a fini par gagner. En 1997. sur les 12 premiers apprentis enseignants, 10 ont commencé l'étude du breton, il y a moins de trois ans ! Ils enseigneront une langue qui leur est étrangère à des enfants qui devront l'enseigner à leurs parents! Ces parents de langue française se sentent investi de la mission de sauver une langue qu'ils ne parlent pas ! En 1999. Diwan crée un lycée à Carllaix du nom de R- Hemon, collabo nazi contraint de s'exiler à la Libération. Le conseil régional verse 10 millions F de subvention pour 99 élèves sans consulter le conseil académique et en violation de la loi Falloux. Un dictionnaire bilingue de 10000 mots soit 1/3 du petit Larousse sert de support pédagogique, Diwan a reçu 5 millions de subventions pour ce dictionnaire. Exemple de définition du verbe être : la Bretagne n'existera pleinement que lorsque le français sera détruit en Bretagne, préposition entre : il faut choisir entre la Bretagne et la France. Tout est l'avenant. Tout cela n'a pas empêché J Lang de signer l'intégration de Diwan dans l'Education nationale.

Dans une interview de juillet 2003 au « Télégramme de Brest » Patrick Le Lay patron de TF1 et TV Breizh vole au secours de Diwan et élargit le propos. Il regrette que la dévolution de pouvoir législatif ait été tentée en Corse, la Bretagne aurait constitué un meilleur terrain expérimental plus dépassionné. Il se prononce sans ambages pour des enseignements dont les contenus seraient décidés au niveau des régions avec des personnels relevant de statuts régionaux.

Les élus régionaux PS et de l'actuel UMP se sont bien accommodés de la baisse continue des moyens désétablissement d'enseignement public pour mieux financer Diwan, instrument d'explosion du système national d'éducation. Les politiciens locaux entretiennent le nationalisme régional afin d'aller le plus loin possible dans le transfert de compétence si possible législatif aux régions. Ce qui correspond à la volonté des forces dominantes, qui utilisent Diwan, instrumentalisent la culture bretonne. pour mieux déréglementer et élargir les zones d'intervention du Capital.

Article réalisé à partir du livre de Françoise Morvan a Le Monde comme si » Edition Actes Sud.

Gilles Mercier