Intervention de Laurent Catala au obsèques de Guy Virgile Martin 13 juin 2007

 

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Nous avons souhaité rendre un dernier hommage à Guy MARTIN qui vient de nous quitter et dont le souvenir nous réunit aujourd’hui, dans cette salle Jean Cocteau qu’il connaissait bien.

Guy Virgile MARTIN était un combattant. Ni l’âge, ni la maladie qui peu à peu prenait ses forces n’auront su entamer sa détermination, sa légendaire énergie, sa capacité d’indignation.

Toujours prêt à dénoncer, d’une parole haute ou d’une plume incisive et fulgurante, les mécanismes des injustices et des inégalités, à pourfendre les renoncements ou les compromissions, il est mort, on peut le dire, les armes à la main.

L’annonce de sa disparition nous a tous surpris et affligés.

Né, comme beaucoup de Cristoliens, sur d’autres rives, il avait grandi dans le Maroc du Protectorat.

Dans ce pays en grande mutation, confronté à la violence du fait colonial, travaillé par les mouvements nationalistes, il s’éveille très tôt à la réflexion politique et découvre la théorie marxiste.

 Quand, brillant jeune normalien, il est appelé sous les drapeaux de l’armée coloniale par Pétain après la défaite de 1940, c’est sans hésitation qu’il déserte pour rejoindre les Forces Françaises libres.

Il participe aux débarquements en Italie et en Normandie, puis à la libération de Paris au sein de la 2ème Division Blindée où il est alors, petit clin d’œil de l’histoire, l’estafette du colonel Billotte.

De retour au Maroc, il reprend la lutte au sein du FNL en exil et du parti communiste marocain.

Le pays connaît alors ses années les plus noires : la  répression contre l’opposition syndicale et politique fait des milliers de morts, les disparitions et les assassinats de militants se multiplient.

En 1965, l’année de l’enlèvement de Mehdi Ben Barka, Guy est expulsé avec sa famille et arrive à Créteil, dans une ville qui sera désormais la sienne et qu’il ne quittera plus.

Sur la première partie de son existence, des hauts faits d’armes de la résistance à la lutte anticolonialiste et anti-totalitaire, il restera, comme tous les braves, comme tous les vrais courageux, très discret, n’évoquant qu’avec réticence et pudeur ces périodes fondatrices de sa vie. Mais il n’a jamais rompu le lien avec ses camarades marocains et est resté engagé à leurs côtés.

A Créteil, il obtient un poste au collège Plaisance.

Des générations de jeunes Cristoliens vont être marqués par ce professeur d’histoire-géographie passionné, exigeant, déployant tout son talent, toute sa fougue pour les ouvrir au monde et leur transmettre ses savoirs libérateurs.

Pour ma part, c’est bien évidemment sur le terrain politique que j’ai eu la chance et le plaisir de le rencontrer. Aux cantonales de 1976 d’abord, où il se présentait contre le jeune socialiste que j’étais.

Sept ans plus tard, pour mon deuxième mandat, nous avons monté une liste commune aux municipales de 1983, et Guy Martin a accepté la délégation de maire-adjoint chargé des affaires sociales, de la solidarité et de la petite enfance.

S’il appelle de ses vœux une société nouvelle débarrassée du règne du profit, il n’hésite pas alors à retrousser ses manches pour pallier les effets de la crise économique et améliorer le sort des plus démunis.

Je me souviens des dix propositions qu’il avait fait adopter et qui multipliaient par deux le budget du CCAS : allégements de la fiscalité locale pour les revenus les plus faibles, aides aux dépenses d’alimentation, d’électricité, de logement, aides au retour à l’emploi pour les chômeurs, etc.

Je me souviens aussi de sa fierté de voir Créteil au premier rang des villes françaises pour le nombre de places en crèche par habitant.

 « Notre effort, écrivait-il dans Vivre ensemble, vise à favoriser l’esprit de responsabilité et cela ne passe pas par l’aumône humiliante et son reflet désespéré et désespérant, la soupe populaire. Les pauvres, puisque pauvres il y a, ont faim aussi de dignité. »

Cette exigence et ce dévouement, doublés d’une grande capacité de travail et d'un esprit de synthèse développé, ont marqué son passage à la municipalité.

Et lorsqu’il y a quelques semaines, dans une discussion amicale avec Jean-Jacques PORCHERON, nous faisions un retour en arrière sur toutes ces années, nous avons convenu ensemble que c’est sans doute la figure de Guy MARTIN qui, par sa rigueur et son sens politique, avait imprimé le plus singulièrement sa marque sur l’action sociale dans notre ville.

Devenu également, au cours du même mandat, Conseiller régional d’Ile de France, ce militant syndicaliste et communiste fervent n’a eu de cesse de défendre, sur tous les terrains, cet idéal de justice sociale et de fraternité.

Toujours attentif à son prochain, à l'écoute des humbles, des sans-grades, prompt à s'enflammer pour dénoncer une injustice, il était d’une grande culture, passionné par tous les sujets de société.

 Ses prises de position, souvent tranchées mais toujours brillamment défendues, révélaient l’homme de caractère, mais aussi l’homme de cœur et l’homme de conviction.

C’est cet homme entier, authentique dans ses engagements et dans ses choix, à l’esprit et à la vivacité jamais en repos, dont le souvenir restera gravé dans nos mémoires. 

Je sais que ce très court portrait de l’homme public est loin de rendre justice à la richesse de la personnalité de ce grand Cristolien qui était aussi quelqu’un de très secret, très pudique.

Aussi c’est à ses camarades et compagnons de route, à tous ceux qui ont eu la chance de le connaître de plus près qu’il revient d’évoquer des aspects plus personnels, plus intimes et sans doute aussi plus attachants de sa personnalité. 

Au nom de la municipalité et en mon nom propre, je présente à son épouse Odile, à ses filles Corinne et Sabine, à ses petits enfants, à tous ses proches, mes condoléances les plus attristées. Je tiens à leur dire la sympathie attristée de la municipalité de Créteil et la part personnelle que je prends à leur peine. 

L.Cathala

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